J'écoute : the brian jonestown massacre - she & him - a whisper in the noise - the tiger lillies
Je regarde : sydney white
Je lis : "dispatches"
Je bois : bière
Je cite : "Rather than love, than money, than fame, give me truth" (thoreau)
Je pense : à la violence de l'arbitraire
(mis à jour mardi 24 juin 2008 à 04:07)

21/03/2008

21/03/08 - 15:51

états (6)

"Cette ville est pleine d'hommes qui glissent lentement parmi eux. la plupart commencent par résister; mais ensuite il y a aussi ces filles presque vieilles, décolorées et qui ne cessent de s'abandonner sans lutter, qui, au plus profond d'elles, n'ont jamais servi, qui n'ont jamais été aimées. Peut-être penses-tu, mon Dieu, que je dois renoncer à tout et les aimer. Ou, sinon, pourquoi m'en coûte-t-il tant de ne pas les suivre lorsqu'elles me dépassent ? Pourquoi inventé-je tout à coup les mots les plus doux, les plus nocturnes, et pourquoi ma voix demeure-t-elle tendrement entre ma gorge et mon coeur ? Et pourquoi me représenté-je comment, avec d'infinies précautions, je les tiendrais dans mon haleine, ces poupées avec lesquelles la vie a joué en ouvrant leurs bras de printemps en printemps, pour rien, jusqu'à ce que les joints des épaules se soient relâchés. Elles ne sont jamais tombées d'une espérance très haute, elles ne se sont donc pas brisées, mais elles sont abîmées et la vie déjà n'en veut plus. Seuls les chats perdus viennent le soir chez elles dans leurs chambres, et les griffent en secret, et se couchent sur elles. Quelquefois je suis l'une d'entre elles à travers deux rues. Elles longent les maisons, des hommes viennent toujours qui les recouvrent, elles disparaissent derrière eux, annulées.
Et cependant je sais que si un seul essayait de les aimer, elles seraient lourdes contre lui comme quelqu'un qui s'est trop éloigné et qui cesse de marcher. je crois que Jésus seul les supporterait, qui a encore la résurrection dans tous ses membres : mais elles lui importent peu. Seuls ceux qui aiment le séduisent, et non pas celles qui attendent avec de petites dispositions à être aimées, comme avec une lampe froide."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

commentaires

19/08/08 - 20:30

c bo

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