J'écoute : the brian jonestown massacre - she & him - a whisper in the noise - the tiger lillies
Je regarde : sydney white
Je lis : "dispatches"
Je bois : bière
Je cite : "Rather than love, than money, than fame, give me truth" (thoreau)
Je pense : à la violence de l'arbitraire
(mis à jour mardi 24 juin 2008 à 04:07)

25/03/2008

25/03/08 - 03:22

spinning under covers

nouvelle compilation

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(lien réparé)

21/03/2008

21/03/08 - 15:51

états (6)

"Cette ville est pleine d'hommes qui glissent lentement parmi eux. la plupart commencent par résister; mais ensuite il y a aussi ces filles presque vieilles, décolorées et qui ne cessent de s'abandonner sans lutter, qui, au plus profond d'elles, n'ont jamais servi, qui n'ont jamais été aimées. Peut-être penses-tu, mon Dieu, que je dois renoncer à tout et les aimer. Ou, sinon, pourquoi m'en coûte-t-il tant de ne pas les suivre lorsqu'elles me dépassent ? Pourquoi inventé-je tout à coup les mots les plus doux, les plus nocturnes, et pourquoi ma voix demeure-t-elle tendrement entre ma gorge et mon coeur ? Et pourquoi me représenté-je comment, avec d'infinies précautions, je les tiendrais dans mon haleine, ces poupées avec lesquelles la vie a joué en ouvrant leurs bras de printemps en printemps, pour rien, jusqu'à ce que les joints des épaules se soient relâchés. Elles ne sont jamais tombées d'une espérance très haute, elles ne se sont donc pas brisées, mais elles sont abîmées et la vie déjà n'en veut plus. Seuls les chats perdus viennent le soir chez elles dans leurs chambres, et les griffent en secret, et se couchent sur elles. Quelquefois je suis l'une d'entre elles à travers deux rues. Elles longent les maisons, des hommes viennent toujours qui les recouvrent, elles disparaissent derrière eux, annulées.
Et cependant je sais que si un seul essayait de les aimer, elles seraient lourdes contre lui comme quelqu'un qui s'est trop éloigné et qui cesse de marcher. je crois que Jésus seul les supporterait, qui a encore la résurrection dans tous ses membres : mais elles lui importent peu. Seuls ceux qui aiment le séduisent, et non pas celles qui attendent avec de petites dispositions à être aimées, comme avec une lampe froide."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

15/03/2008

15/03/08 - 19:54

états (5)

"Lorsqu'on parle des solitaires, on suppose toujours connues trop de choses. On croit que les gens savent de quoi il s'agit. Non, ils ne le savent pas. Ils n'ont jamais vu un solitaire, ils ne l'ont que haï sans le connaître. Ils ont été ses voisins qui l'usaient, et les voix de la chambre voisine qui le tentaient. Ils ont excité les objets contre lui pour les rendre bruyants et les faire crier plus fort que lui. Les enfants se liguèrent contre lui parce qu'il était tendre et enfant; et à mesure qu'il grandissait, il grandit contre les grands. Ils le dépistaient dans sa cachette comme un animal dont la chasse est ouverte, et durant sa longue jeunesse la chasse contre lui n'était jamais fermée. Et lorsqu'il ne se laissait pas harasser et qu'il s'échappait, ils décriaient ce qui qui venait de lui et le trouvaient laid et le suspectaient. Et lorsqu'il ne les entendait pas, ils devenaient plus clairs et lui enlevaient sa nourriture devant la bouche, et respiraient son air, et crachaient dans sa pauvreté pour qu'elle lui devînt odieuse. Ils le décriaient comme un être contagieux, et lui jetaient la pierre pour qu'il s'éloignât plus vite. Et leur vieil instinct ne les égarait pas : car il était vraiment leur ennemi.
Mais ensuite, lorsqu'il ne levait toujours pas les yeux, ils réfléchirent. Ils se doutèrent que jusque-là ils n'avaient agi que selon sa volonté, qu'ils le fortifiaient dans sa solitude et qu'ils l'aidaient à se séparer d'eux pour toujours. Et alors ils changèrent d'attitude et employèrent le dernier moyen, l'autre résistance : la gloire. Et à ce bruit la plupart levèrent les yeux et se laissèrent distraire."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

15/03/08 - 19:33

états (4)

"D'ailleurs, je comprends parfaitement que l'on conserve au fond de son portefeuille le récit d'une heure d'agonie, tant d'années durant. Il ne serait même pas nécessaire qu'elle fût particulièrement choisie. Elles ont toutes quelque chose de presque rare. Ne peut-on par exemple se représenter quelqu'un qui copierait un récit de la mort de Félix Arvers ? Il était à l'hôpital. Il mourut doucement et paisiblement, et la religieuse le croyait peut-être plus avancé qu'il n'était en réalité. Elle cria très fort un ordre quelconque vers le dehors en indiquant où se trouvait tel ou tel objet. C'était une nonne illettrée et assez simple; elle n'avait jamais vu écrit le mot "corridor" qu'à cet instant elle ne put éviter; il arriva ainsi qu'elle dit "collidor" parce qu'elle croyait qu'il fallait prononcer ainsi. Alors Arvers repoussa la mort. Il lui semblait nécessaire d'éclaircir d'abord ceci. Il devint tout à fait lucide et lui expliqua qu'il fallait dire "corridor". Puis il mourut. C'était un poète, et il haïssait l'à-peu-près; ou, peut-être, la vérité lui importait-elle seule; ou encore il était fâché de de devoir remporter comme dernière impression que le monde continuait à vivre si négligemment. il ne sera sans doute plus possible de trancher ces questions. Mais qu'on ne croie pas surtout qu'il agit ainsi par pédanterie. Sinon, le même reproche atteindrait aussi Saint Jean-de-Dieu qui sursauta en pleine agonie et arriva juste à temps pour détacher au jardin l'homme qui venait de se prendre et dont l'acte avait pénétré d'étrange façon dans la tension intérieure de son agonie. A lui aussi la vérité seule importait."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

09/03/2008

09/03/08 - 17:12

états (3)

"Il est de fait que ce soir-là je dessinais un chevalier, un seul chevalier bien distinct sur un cheval bizarrement caparaçonné. Il devenait si bariolé que je devais souvent changer de crayon; le rouge cependant dominait et je le reprenais à tout moment. Une fois de plus j'allais m'en servir, lorsqu'il roula (je le vois encore) obliquement sur ma feuille éclairée jusqu'au bord de la table et, avant que j'eusse pu l'arrêter, tomba à côté de moi et disparut. J'en avais vraiment besoin et j'étais ennuyé de devoir descendre à sa poursuite. Avec ma maladresse, cela n'allait pas sans toutes sortes de complications; mes jambes me paraissaient beaucoup trop longues et je ne parvenais plus à les ramener de dessous moi; cet agenouillement prolongé avait engourdi mes membres; je ne savais pas trop ce qui m'appartenait et ce qui était le fauteuil. Je finis cependant par débarquer en bas, et confusément je me retrouvai sur une peau de bête qui s'étendait sous la table et jusqu'au mur. Mais là surgit une nouvelle difficulté. Habitués à la clarté d'en-haut, tout éblouis encore par l'éclat des couleurs sur le papier blanc, mes yeux ne parvenaient pas à discerner le moindre objet sous la table, où le noir m'apparaissait si clos que j'avais peur de m'y cogner. Je m'en remis donc à mon toucher et, agenouillé, en m'appuyant sur la main gauche, je peignai de l'autre les longs poils frais du tapis dont le contact aussitôt me parut familier! Mais toujours pas le moindre crayon! Déjà je me figurais avoir perdu un temps considérable et j'allais appeler Mademoiselle pour la prier d'approcher la lampe, quand je remarquai qu'à mes yeux, qui malgré moi s'étaient adaptés, l'obscurité se faisait plus transparente. Déjà je distinguais le mur du fond que bordait une plinthe claire; je m'orientais entre les pieds de la table; et d'abord je reconnaissais ma propre main étendue, les doigts écartés, qui remuait toute seule, presque comme une bête aquatique, et palpait le fond. Je la regardais faire, il m'en souvient, presque avec curiosité; elle me paraissait connaître des choses que je ne lui avais jamais apprises, à la voir tâtonner là-dessous, à son gré, avec des mouvements que je ne lui avais jamais observés. je la suivais à mesure qu'elle avançait, je m'intéressais à son manège et me préparais à voir je ne sais quoi. Mais comment aurais-je pu m'attendre à ce que, sortant du mur, tout à coup une autre main vînt à ma rencontre, une main plus grande, extraordinairement maigre et telle que je n'en avais encore jamais vue. Elle tâtonnait, venant de l'autre côté, de la même manière, et les deux mains ouvertes se mouvaient à la rencontre l'une de l'autre, aveuglément. Ma curiosité était loin d'être satisfaite, mais brusquement elle céda et fit place à la terreur. Je sentais qu'une de ces mains m'appartenait et qu'elle s'enfonçait dans une aventure irréparable. De toute l'autorité que je gardais sur elle, je la retins et la ramenai vers moi, étendue à plat et lentement, sans quitter des yeux l'autre main qui continuer de tâtonner. Je compris qu'elle n'allait pas s'en tenir là; et je ne puis pas dire comment je remontai. J'étais maintenant enfoncé profondément dans le fauteuil, mes dents claquaient et j'avais si peu de sang au visage qu'il me semblait n'avoir plus de bleu dans les yeux. "Mademoiselle", voulais-je dire et ne pouvais plus. Mais elle-même alors s'alarma, rejeta son livre, et s'agenouilla à côté de mon fauteuil en criant mon nom; je crois qu'elle me secoua. Mais j'avais toute ma conscience. J'avalai plusieurs fois ma salive, et j'allais lui raconter...
Mais comment ? Je fis un effort indescriptible sur moi-même, mais il n'était pas possible d'exprimer cela de façon que l'on comprît. S'il existait des mots pour un tel événement, j'étais trop petit pour les trouver. Et soudain me saisit l'angoisse : que ces mots, bien qu'au-dessus de mon âge, pussent cependant m'apparaître tout à coup, et que je fusse alors obligé de les dire, cela me parut plus terrible que tout. Cette chose, là-bas, si réelle, la vivre encore une fois, autrement, modifiée depuis le commencement; m'entendre l'admettre, - de cela, vraiment, je n'avais plus la force."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

03/03/2008

03/03/08 - 13:42

états (2)



"... Des vers signifient si peu de chose quand on les a écrits jeune! On devrait attendre et butiner toute une vie durant, si possible une longue vie durant; et puis enfin, très tard, peut-être saurait-on écrire les dix lignes qui seraient bonnes. Car les vers ne sont pas, comme certains croient, des sentiments (on les a toujours assez tôt), ce sont des expériences. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des départs que l'on voyait longtemps approcher, à des jours d'enfance dont le mystère ne s'est pas encore éclairci, à ses parents qu'il fallait qu'on froissât lorsqu'ils vous apportaient une joie et qu'on ne la comprenait pas (c'était une joie faite pour un autre), à des maladies d'enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, - et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d'amour, dont aucune ne ressemblait à l'autre, de cris de femmes hurlant en mal d'enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été près de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent; Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n'est qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux, se lève le premier mot d'un vers.
Mais tous mes vers sont nés autrement; donc ce ne sont pas des vers."


Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

03/03/08 - 13:29

états (1)


"... Il y a quelque chose ici qui est plus terrible : le silence. Je crois qu'au cours de grands incendies il doit arriver, ainsi, parfois, un instant de tension extrême : les jets d'eau retombent, les pompiers ne montent plus à l'échelle, personne ne bouge. Sans bruit, une corniche noire s'avance, là-haut, et un grand mur derrière lequel le feu jaillit s'incline sans bruit. Tout le monde est immobile et attend, les épaules levées, le visage contracté sur les yeux, le terrible coup. Tel est ici le silence."

Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1904-1910

01/03/2008

01/03/08 - 17:39

du vent dans mon crâne, le coeur à la question



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